JACOTTE qui vient de publier sous notre label : Decal'âge Productions son livre : Comme un lapin pris
dans un phare a commencé à parler de ce qui l'avait amenée à l'écriture après avoir subi
ce qu'elle avait subi. Sans doute la volonté de réfléchir à sa condition y est-elle pour beaucoup dans ce choix délibéré de se livrer à un tel exercice sans aucune retenue. A l'écouter
parler de tout cela, on ne peut qu'être ébahi devant tant de volonté. Mais jugez plutôt du ton, ce ton que l'on retrouve cent quarante pages durant...
« Quand on est victime de violences, dit-elle, quelles qu'elles soient, aussi bien
d'ordre physique que d'ordre moral, la réaction est toujours la même, on se dit : mais qu'ai-je donc fait pour être ainsi puni(e) ? Car, il faut bien l'admettre, pour être autant châtié(e), c'est
que, forcément, on a dû se rendre coupable de quelque chose de grave, dire du mal de quelqu'un... Et si, tout simplement, la seule chose de blâmable que je puisse me reprocher, c'était tout
simplement d'avoir laissé faire, sans réagir, sous emprise, fasciné(e) par l'autre, par son aisance ou des maladresses dont il (ou elle) était même fier(e) ? Plus le temps passe et plus je me dis
que mon seul tort aura été, en effet, de ne pas m'opposer. Au climat détestable vécu pendant mon enfance face à un personnage tyrannique qui obtenait des autres tout ce qu'elle voulait sans
jamais qu'aucun n'ose élever la voix face à elle. Puis aux premiers coups distribués comme des friandises par un homme déstabilisé par le poids d'un engagement. Enfin aux multiples tentatives de
harcèlement et de manipulation éhontée d'un autre homme qui n'avait pour lui que son paraître, son arrogance et sa suffisance et auquel on n'osait rien refuser de peur d'en arriver à la rue
et à la destruction.
J'ai aujourd'hui le sentiment que ces renoncements m'ont confortée dans l'opinion que j'avais de moi adolescente puis jeune femme inexpérimentée. Il m'en reste un goût de révolte que l'écriture
permet de canaliser. mieux que je n'y serais parvenue si je m'étais lancée la tête la première dans une résistance empreinte elle aussi de violence. Contre la bêtise et la tyrannie, on ne peut
rien mais les mots, eux, ils dépassent souvent l'entendement livrant des pans entiers de personnalité. Tiens, surprise, j'en avais une, là, cachée tout au fond de moi qui demande aujourd'hui à se
faire respecter après toutes ces années de cauchemar...»
SUDEY, le maquisard
trélissacois
BOURVIL
