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couv-voyage-au-pays.jpg« D'où je me trouvais, privé de mes lunettes de myope qui s'étaient cassées quelques jours plus tôt lors de mon admission à l'hôpital, je ne distinguais pas grand-chose. Du moins au loin. L'atmosphère ouatée, saisissante sous les arbres centenaires qui bordaient l'allée que nous avions empruntée, ajoutait au mystère de l'ensemble un je ne sais quoi d'inquiétant. J'avais l'impression d'être déjà capté par cet environnement presque irréel, aspiré, avalé... Bien qu'il fût un peu plus de sept heures du soir, tout semblait étrangement désert, abandonné. je ne savais pas encore où je venais d'atterir, ni si nous venions de pénétrer dans le parc d'un hôpital, tellement celui-ci me semblait situé hors du temps et échapper à toute comparaison possible avec d'autres unités de soins...»   Dès le début de l'ouvrage, l'auteur entame une description de ce qu'il vit, cela non sans émotion. Mais que n'a-t-on écrit au sujet de la dépression et de ceux qui peuplaient ce que l'on a encore coutume d'appeler des asiles aujourd'hui... Les clichés ont tellement la peau dure ! Quand on a conservé toute sa lucidité et qu'on est appelé à côtoyer ceux dont l'univers a basculé, parfois irrémédiablement dans les tréfonds de la folie, comment ne pas réagir... L'auteur a laissé courir sa plume. Il a tout de suite eu besoin de dire ce qu'il voyait. Comme pour conserver un repère sur ce qui lui échappait ! « J'eus beaucoup de mal à l'avaler ce second repas, bien plus que je n'en avais eu à avaler celui du midi que j'avais encore pu prendre dans ce qu'ils appelaient une chambre. J'imaginais le regard des fous braqué sur moi, l'intrus, le nouveau, celui qui dérangeait, les rires gras et sacarstiques de certains d'entre eux, leur comportement dérangeant... Je pris place à une table où chacun devait avoir la sienne, vraisemblablement imposée par un règlement, certainement des plus discutables, face à une jeune femme à la chevelure décolorée et au visage poupin à la peau grasse qui n'arrêtait pas de grogner ni de trépigner, peu satisfaite de son sort. Elle semblait confrontée à de sérieux problèmes d'élocution, comme si elle avait un peu bu...» Une hospitalisation en milieu hostile pousse quelquefois à la réflexion, tant il est difficile de se retrouver, du jour au lendemain, en prise directe avec ceux qui les peuplent et de vivre, ne serait-ce que quelques jours, en complet décalage avec la réalité. Lorsqu'on a pas su résister à la pression, qu'on s'en est parfois fabriqué de trop grandes ou lorsqu'on est confronté à un monde qui est devenu celui de l'excès-roi, tout s'enchaîne et devient prétexte à philosopher voire à s'interroger sur le comportement humain. Il suffit que le décor s'y prête et que la folie, la nôtre comme celle des autres, serve de déclic à l'envie légitime de subitement tout dire.

VOYAGE AU PAYS DE LA DERAISON
Parlant des conditions scandaleuses d'hébergement dévolues à la seule psychiatrie, l'auteur le révèle, si tant est que ce puisse être une révélation, « j'ai encore du mal aujourd'hui à m'imaginer que des malades aient pu aussi longtemps être soignés dans des bâtiments à la limite de la salubrité la plus élémentaire, dont la plupart semblaient avoir été conçus à la fin du XIXè siècle ou au début du siècle dernier...» Ecrit dans un véritable milieu carcéral par un homme qui avait conjugué la désespérance à tous les temps, l'ouvrage est aussi un essai de ce qui peut se faire en termes d'écriture-thérapie. C'est un choix entre une menace de gangrène et un pus qui, s'il ne sort pas d'une plaie, risque d'entraîner d'autres maux irréversibles et celui de tout dire pour s'apaiser et s'affranchir d'un poids. Cela a été pour l'auteur voici un peu plus d'une vingtaine d'années la concrétisation d'une envie d'écrire qui aura bouleversé son existence, un moment essentiel également, celui de la renaissance. Cet ouvrage n'est pas un livre comme les autres, c'est un témoignage d'une centaine de pages, un témoignage fort. L'un de ces écrits marquants et dérangeants qui peuvent choquer parce que traverser un tel décor, ne serait-ce que quelques instants, prête forcément à se poser quantité de questions sur la folie et ce qui en amène de plus en plus à craquer et à échouer quelquefois lamentablement dans un tel décor. Sommes-nous tous, à un moment donné de notre existence, amenés à vivre de telles épreuves ? Chacun peut légitimement se poser la question en cette période de challenges répétitifs. Ce récit écrit voici quasiment vingt ans n'a pas vieilli. Il frappe l'imaginaire avec toujours autant d'acuité, mettant même parfois mal à l'aise. Mais dès lors qu'il est question de l'enfermement et de la folie, comment pourrait-il en être autrement...   Prix public ouvrage : 14 € - ISBN n° 2-9524117-0-0  
Mar 1 mar 2011 Aucun commentaire